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Lonesome George, un solitaire qui s’est éteint

 

Tortue mâle cherchait désespéremment cousine pour accouplement


Lonesome George était le dernier survivant de son espèce - une tortue géante d’une des îles Galápagos. Les scientifiques ont tenté désespérément de lui trouver une partenaire et de stimuler sa libido en berne.

Pauvre tortue solitaire. Lonesome George était peut-être célèbre, mais il n’a pas eu de compagne. Seul au monde et, hélas, ne montrant aucun intérêt pour le sexe, George, tortue géante des Galápagos, était le dernier représentant de sa dynastie.
Depuis qu’il a été découvert, en 1971, de nombreuses tentatives ont été faites pour l’inciter à se reproduire. Les chercheurs ont ratissé son île et les zoos du monde entier pour trouver une femelle appartenant à la même sous-espèce que lui. Ils lui ont présenté deux dames tortues venues d’une île voisine pour qu’il prenne du bon temps. Et ils ont même eu recours aux services d’une jeune et jolie biologiste suisse pour faire renaître sa libido. Malheureusement, leurs efforts n’ont jusqu’à présent pas donné grand-chose : Lonesome George est resté de marbre face aux femelles placées dans son enclos. Peu importe, ses gardiens n’ont pas dit leur dernier mot. George n’a pas encore fait la connaissance de certaines tortues originaires d’une île lointaine, plus proches de sa famille que celles qui se trouvent actuellement dans son enclos, et qui pourraient être les meilleures partenaires possibles pour lui.
Si les chercheurs parviennent à les mettre en présence et à faire renaître l’instinct sexuel en berne de notre farouche célibataire, il a encore une chance de perpétuer sa lignée. Jadis, les tortues géantes abondaient sur les îles Galápagos. Avant l’arrivée du premier navire, en 1535, l’archipel abritait au moins quinze populations distinctes de Geochelone nigra, qui vivaient sans aucun contact entre elles sur différentes îles ou sur des volcans séparés par des coulées de lave infranchissables.
Mais l’exploitation acharnée à laquelle se sont livrés les baleiniers des XVIIIe et XIXe siècles, ainsi que la compétition avec les animaux introduits dans l’archipel, tels que les chèvres, les porcs et les rats, ont provoqué la disparition de quatre sous-espèces et valu aux onze restantes de figurer en bonne place sur la liste des espèces menacées d’extinction de l’Union internationale pour la conservation de la nature. En fait, les biologistes pensaient que la sous-espèce Geochelone nigra abingdoni, endémique de l’île de Pinta, avait complètement disparu, jusqu’à ce qu’un spécialiste des gastéropodes trébuche sur un dernier survivant : Lonesome George en personne.
Depuis, George vit à la Station de recherche Charles-Darwin (CDRS), à Puerto Ayora sur l’île de Santa Cruz. Il est l’emblème des recherches sur la préservation de l’environnement menées dans l’archipel, et le but ultime des scientifiques qui prennent soin de lui est de restaurer l’écosystème de Pinta, ce qui implique entre autres de repeupler l’île avec des tortues géantes. L’idéal serait de le faire avec des descendants de Lonesome George, mais le projet a longtemps été considéré comme une cause perdue : que pouvait-on faire avec une seule et unique tortue mâle ? " George a ainsi vécu dans la solitude pendant vingt ans, jusqu’à ce qu’en 1992 Linda Cayot place dans son enclos quelques femelles originaires de l’île d’Isabela, espérant voir fleurir une histoire d’amour. A l’époque, on pensait en toute logique que des tortues venant de cette île, qui est la plus proche de Pinta, seraient les meilleures candidates à l’aboutissement d’une union sexuelle. Sans succès. Toutefois, les premiers examens génétiques des tortues dans les Galápagos, réalisés à la fin des années 90, réservèrent une grande surprise aux chercheurs. En effet, d’après les analyses d’ADN effectuées par Gisella Caccone, généticienne spécialiste de l’évolution à l’université Yale de New Haven, dans le Connecticut, et ses collègues, Lonesome George s’avérait être plus proche de la sous-espèce qui vivait sur l’île d’Española (Geochelone nigra hoodensis) que de celle en provenance de Pinta.
Cela veut dire que les tortues géantes, qui ne sont pas du tout adaptées à la vie en milieu aquatique, ont d’une manière ou d’une autre survécu à un incroyable voyage de 300 kilomètres séparant les deux îles, probablement en se faisant prendre en stop par de forts courants. Plus qu’une curiosité scientifique, cette découverte signifiait que George n’avait pas été présenté aux femelles les plus susceptibles de lui plaire. "Maintenant que nous savons qu’il a des affinités génétiques avec des sous-espèces d’Española et de San Cristóbal, ces dernières lui fourniront peut-être une meilleure compagne", avait conclu en vain Gisella.