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Le tren crucero : un luxueux voyage entre les Andes et le Pacifique
Par Sandrine Bavard

tren crucero Quito - Guayaquil

Les touristes connaissaient l’Equateur pour les îles Galapagos et l’Avenue des volcans. Il faut désormais compter avec le luxueux tren crucero (train croisière) qui permet de relier Quito, la capitale, à Guayaquil, sur la côte pacifique, en 450 km et en 4 jours. En voiture !

Quand on imagine un voyage dans un train de luxe, c’est évidemment aux mythiques Orient Express ou Transsibérien que l’on pense. Mais le tout nouveau tren crucero (le train croisière), remis sur les rails en juin 2013 par le gouvernement équatorien, est aussi une attraction touristique de premier plan. D’ailleurs, le guide de voyages Lonely Planet1 a placé l’Equateur parmi les destinations incontournables en 2014, et le tren crucero parmi les cinq voyages en train à ne pas rater.

Une volonté politique

Mais ce train revient de loin… Car cette ligne de chemin de fer de plus de 100 ans d’âge a connu des (très) hauts et des (très) bas dans son histoire à l’image des paysages escarpés qu’elle traverse.
Elle a été voulue par le président Gabriel Garcia Moreno, élu en 1860, mais assassiné en 1875, qui n’a pu voir que quelques kilomètres de tronçons.
Le projet a été concrétisé par l’un de ses successeurs, Eloy Alfaro, arrivé au pouvoir en 1895 avec sa "révolution libérale". Tous les deux avaient un objectif en tête : réaliser l’union nationale en créant de nouvelles infrastructures.
Le résultat est probant : la ligne de chemin de fer désenclave des régions difficiles d’accès, favorise les échanges de marchandises, et accélère les mouvements migratoires entre les Andes et le Pacifique. Bref, elle fait entrer l’Equateur dans une nouvelle ère économique.

Un exploit technique

Le gouvernement d’Eloy Alfaro confie la réalisation de la ligne de chemin de fer à l’entrepreneur américain Archer Harman qui, au vu de la topographie des lieux, parle de la "plus difficile ligne de chemin de fer au monde". Il n’a pas tort…
Le dénivelé est impressionnant, passant du niveau de la mer à 2800m d’altitude, dans un parcours sinueux au cœur de la cordillère des Andes.

La Guayaquil & Quito Railway Company qui se met à l’ouvrage en 1899 se heurte notamment à la Nariz del Diablo (le Nez du Diable), avec plus de 100m de dénivelé en une dizaine de kilomètres. De Bucay à Alausi, les ingénieurs imaginent alors un système en zigzag qui permet au train d’escalader la falaise à chaque virage, en marche avant, puis en marche arrière, avec un aiguillage qui le fait passer d’une voie à une autre.

Malgré les obstacles, le chemin de fer est inauguré moins de 10 ans plus tard, en 1908, dans l’enthousiasme général : "Construit pendant la Révolution libérale, il est considéré comme une véritable prouesse technique, comme l’œuvre d’infrastructure la plus importante du XIXe siècle en Équateur et comme une étape essentielle dans la construction de la nation équatorienne", souligne Alexis Medina dans un travail de recherche2.

Décrépitude et renaissance

Et pourtant, ce joyau technique a été abandonné au fil du temps. Dans les années 70, le gouvernement délaisse le rail, n’entretient plus les voies, parfois pillées par les habitants.
A la fin des années 90, le passage d’El Niño, une perturbation climatique, fait encore plus de dégâts et coupe les lignes en plusieurs endroits.

En 2008, le constat est terrible : il n’y a plus que 10% du réseau ferroviaire qui fonctionne.
Le président équatorien Rafael Correa sonne alors le réveil du rail. Il inscrit le réseau ferroviaire équatorien sur la liste du patrimoine culturel national et engage une réhabilitation de grande ampleur avec un budget de plus de 250 millions de dollars. Les travaux durent quatre ans et finissent en apothéose en juin 2013 avec la réouverture de la totalité de la ligne entre Quito et Guayaquil.

Cette ligne, désormais à vocation purement touristique, est ainsi l’une des vitrines du dynamisme de l’Equateur et renforce son attrait ; elle a d’ailleurs reçu le prix du meilleur produit touristique au monde par l’association britannique des écrivains du voyage.

Un train de luxe à vapeur

Et l’on comprend pourquoi. Le train se compose de quatre voitures de luxe pouvant accueillir 54 voyageurs. Chaque wagon est décoré selon une période spécifique de l’histoire de l’Equateur.
Mais ce qui fait tout son charme, c’est bien sûr la locomotive à vapeur d’époque et rénovée, qui démarre dans un épais nuage de fumée et qui crache son tchou- tchou caractéristique, projetant le visiteur à la fin du XIXe siècle. Elle est parfois relayée en chemin par une locomotive diesel.

Le train relie Quito, la capitale de l’Equateur, à Guayaquil, le port principal du pays, autrement dit les Andes au Pacifique, en 450 km et en 4 jours.
Il permet de voir des paysages époustouflants, d’une grande diversité, comme l’Avenue des volcans, le Nez du Diable, la forêt dans les nuages, ou des plantations de canne à sucre …

Quatre jours pour admirer de fantastiques paysages

Le premier jour, le train vous transporte au cœur des Andes durant 78 kilomètres entre Quito et Lasso, avec une excursion au Parc National Cotopaxi et vue sur le plus haut volcan actif de ce pays qui culmine à près de 6000m d’altitude.

Le lendemain, le train rejoint Riobamba, 139 km plus loin, avec au programme la visite d’une célèbre ferme floricole qui produit des roses, et d’un centre d’information sur les derniers hieleros (mineurs de glace) du Chimborazo : quand le frigidaire n’était pas encore répandu dans les habitations, ces hommes montaient au sommet des glaciers à plus de 5000m d’altitude pour tailler des blocs de glace de plusieurs dizaines de kilos et les vendre sur les marchés…
Le troisième jour, le train rallie Huigra en 115km avec un arrêt pour visiter la belle église coloniale Balbanera, le marché de Guamote, avant d’affronter la terrifiante Nariz del Diablo.

Le quatrième jour fait la transition entre la Sierra et la Costa sur 117 km : vous passerez par le Bosque Nublado (la forêt dans les nuages), vous rencontrerez la communauté indigène shuar, avant d’arriver sur le littoral à Guayaquil.
Ce trajet de luxe comprend hébergement, repas et excursions, d’où un prix assez élevé. On peut néanmoins faire des tronçons plus courts à la journée pour des tarifs moins onéreux.

Pour découvrir l’itinéraire complet, consultez notre module Croisière sur le Rail Andin.

1 http://www.lonelyplanet.com/austral...

2 L’Église catholique face à la construction du chemin de fer transandin en Équateur : de la polémique au consensus, 1897-1908, par Alexis Medina

<p>Gabriel Garcia Moreno</p>

<p>tren crucero, wagon restaurant</p>

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<p>tren crucero, à bord</p>

<p>tren crucero, Equateur</p>

<p>tren crucero, tracé sinueux</p>

<p>paysanne quechua</p>

<p>Equateur, Quito</p>

<p>Equateur, Guayaquil</p>