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Gabriel García Moreno, figure majeure de l’Equateur

Président de l’Equateur à deux reprises, le très catholique Gabriel García Moreno apparaît comme l’une des figures majeures de l’histoire hispano-américaine. Ses détracteurs voient en lui un despote mystique dont la dévotion régit les actes quand d’autres le considèrent comme l’homme providentiel qui a sorti le pays du marasme. Il a été assassiné en 1875 lors de son dernier mandat.

Qui aurait pu prédire un tel destin ? Enfant chétif et craintif, huitième d’une famille d’immigrés de riches castillans ruinés, Gabriel García Moreno, né en 1821 à Guayaquil, principal port du pays, deviendra l’une des figures marquantes de l’histoire équatorienne.

Doué d’une capacité de travail extraordinaire, esprit vif et intelligent, il va vite s’imposer comme un homme charismatique : il sera, à deux reprises, président de la République. Après une brillante scolarité et des études supérieures à Quito, entre une carrière d’avocat et la prêtrise, il choisit en effet finalement la politique.

L’Equateur, comme tant d’autres pays d’Amérique latine en ce début de XIXème siècle, vivait des temps pour le moins agités depuis son accession à l’indépendance, d’abord en 1822 au sein de la Grande Colombie de Simon Bolivar, puis en tant que nation à part entière en 1830.
En 1839, Juan José Flores est réélu président de la République et dirige en despote, menant grand train sans se soucier de l’état du pays (l’économie périclite, les caisses sont vides).

Débuts en politique

Le jeune Moreno milite bientôt dans un mouvement révolutionnaire. Il publie des pamphlets acides, dans "Le Fouet", journal qu’il a créé, qui fustigent la politique anticléricale du gouvernement, et prend une part active à la lutte qui aboutira en 1845 à la chute de Flores. Gabriel García Moreno devient alors chargé de faire rentrer les impôts en retard : il a 24 ans et on lui fait déjà confiance.
Mais le libéral Vicente Ramon Roca, le successeur de Flores, profite rapidement de la situation pour s’enrichir aux dépens de ses compatriotes.

Moreno dénonce les scandales gouvernementaux. Mais lorsque Flores, à la tête d’une armée, monte une expédition pour tenter de reprendre le pouvoir, il préfère concentrer ses critiques sur les dangers qu’impliqueraient son retour.

Le pays est sens dessus dessous. Roca, impuissant, sollicite l’aide de Moreno, qui rétablit le calme rapidement en récupérant notamment la ville de Guayaquil aux mains de Flores. Mais ne cesse pas pour autant ses saillies contre les dirigeants qui font de l’Equateur "un véritable enfer où le désordre et la confusion paraissent aussi naturalisés que dans le bagne éternel".

Déçu que ses idées ne soient pas entendues au plus haut, il décide de s’expatrier pour l’Europe, au moment même où l’administration Roca s’effondre. Il parcourt l’Allemagne, l’Angleterre et, surtout, la France : là, l’équatorien est marqué par la détermination d’Adolphe Thiers à combattre le socialisme, en s’appuyant sur une Eglise catholique forte.

A son retour, il rencontre les Jésuites expulsés de Colombie, et soutient leur implantation en Equateur, contre les puissants francs-maçons. Alors que les Jésuites ont été chassés 80 ans plus tôt du pays !
Cette lutte d’influences lui vaudra l’exil, lorsqu’Urbina arrive à la tête de l’Etat. Il parvient toutefois à être élu sénateur par la population de Guayaquil, son "fief", avant de retourner sur le vieux continent – où sa pratique religieuse s’intensifie – dans le but de se préparer à sa future mission nationale dont il est persuadé ...

A son retour en mai 1859, Quito est le théâtre d’un soulèvement populaire, on réclame Moreno à la tête du pays.
Tandis que le général Guillermo Franco se déclare détenteur du pouvoir à Guayaquil, Moreno forme un nouveau gouvernement et s’engage dans une guerre civile qu’il gagne contre ses opposants. Il définit un programme de reconstruction pour son un pays exsangue, avec une idée précise : pour redresser l’Equateur, il faut le débarrasser des révoltes, soulèvements et autres troubles qui le minent.

Grands travaux et concordat

Il propose d’abord une réforme de la loi électorale pour que les trois grandes provinces (Quito, Guayaquil, Cuencas) soient représentées non plus à quotité égale, mais au prorata du nombre d’habitants.
Un calcul avantageux : la province catholique de Quito, plus peuplée, aura la prédominance. De justesse, la loi est votée et la Convention qui se réunit l’élit président à l’unanimité. On le charge alors de réorganiser le pays en lui accordant des pouvoirs étendus dont nul autre avant lui n’avait disposé constitutionnellement.

S’entourant d’un personnel neuf, il réorganise les finances, met l’armée au pas et entame un vaste programme de grands travaux (notamment la construction d’une ligne de chemin de fer Quito – Guayaquil) qui devrait permettre le redémarrage de l’économie. Il s’attache à christianiser l’enseignement avant de signer un concordat avec le pape Pie IX, favorable au clergé équatorien.
Sa politique doit faire face à de nombreuses oppositions : les francs-maçons, la tentative de reconquête d’Urbina, à la tête de mercenaires péruviens, et une conspiration de la Nouvelle-Grenade, dirigée par le dictateur Mosquera, qui voudrait reconstituer une Grande Colombie incluant l’Equateur.

Devant l’alliance de toutes ces oppositions, Gabriel García Moreno offre de se retirer, mais, comme il est soutenu par le peuple, le congrès refuse sa démission et lui restitue en 1863 les pouvoirs confisqués auparavant. Il en profite pour faire fusiller les opposants : le général Maldonado, ou les proches de Urbina. Moreno se montre inflexible, persuadé qu’en éliminant toutes révoltes s’ensuivra l’essor économique.

Vers les pleins pouvoirs

Lorsque son mandat arrive à expiration en 1865, il se retire du pouvoir, mais pas de la scène politique : il représente l’Equateur dans des instances internationales. Les gouvernants bancals qui lui succèdent permettent à l’opposition de reprendre de la vigueur. Bientôt, un coup d’Etat se fomentant à Quito, il rétablit l’ordre. Moreno est à nouveau solennellement sollicité. Soutenu par l’armée et la population, il accepte, à une condition : que la constitution soit révisée selon ses recommandations.

La nouvelle constitution stipule que la religion catholique est la seule véritable, et que tout individu qui appartiendrait à une religion prohibée se verra refuser le droit de vote et l’accès à la fonction publique. S’agissant de l’ordre public, elle détermine des peines sévères en cas de rébellion. Elle accorde surtout au Président un réel droit de veto sur les projets de loi et étend la durée de son mandat de quatre à six ans.

Nanti de ces pouvoirs, le président reprend son œuvre de reconstruction du pays. De la création des écoles polytechnique, militaire, des beaux-arts ou de musique à celle de collèges, écoles, observatoires, orphelinats et hôpitaux, les réalisations sont multiples. Ponts, routes, voies ferrées : les infrastructures s’améliorent.
En menant une politique économique stricte basée sur le développement de l’agriculture et de l’industrie, il en résulte, pour la première fois, l’équilibre des comptes et le remboursement d’une partie de la dette.

Surtout, Moreno s’appuie sur sa foi catholique qu’il affiche en public, donnant ainsi un "exemple" de piété qui finit par imprégner les institutions.
En 1873, il consacre la république de l’Equateur au Sacré-Cœur, dans le même temps qu’il prononce une amnistie politique générale, espérant neutraliser ses opposants. Certains d’ailleurs se rallieront, quand d’autres voient moins en lui le réformateur qui a placé son pays sur la voie du progrès que le despote ayant établi un régime théocratique qu’ils abhorrent.

Une fin tragique

A l’approche de la fin de son mandat, alors que se profile sa probable reconduction, l’opposition se déchaîne et fomente une campagne internationale de dénigrement de la "jésuitière équatorienne", comme ils nomment son gouvernement.
Gabriel García Moreno remet alors son destin entre les mains de Dieu, car il sait que sa vie est menacée...
Elle lui est ôtée le 6 août 1875 lorsque des hommes armés se ruent sur lui, alors qu’il se dirige à pied vers le palais présidentiel, et le laissent moribond sur le parvis. Le Congrès réuni peu après fera l’apologie de l’homme.
Le peuple pleure sa disparition.
Après sa mort, le pays retombe dans le chaos. Signe que, malgré sa volonté et son inflexibilité, Moreno n’aura pas réussi, jusqu’à sa mort, à stabiliser le pays.