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Dans les palmes de Darwin : récit de plongée aux Galápagos

Petit laïus introductif pour planter le paysage de cet archipel si particulier :
Les Galápagos en quelques mots, l’origine d’une telle richesse marine et de l’intérêt d’y plonger

Seuls au monde, un archipel si particulier

  • Situées au beau milieu de l’océan Pacifique, à environ 1000 km du continent sud-américain, ces dix-neuf îles et la réserve marine qui les entoure constituent un musée et un laboratoire vivants de l’Evolution. Au confluent de trois courants océaniques, les Galápagos sont un creuset d’espèces marines.
  • L’activité sismique et le volcanisme illustrent les processus qui ont formé ces îles. Ces processus combinés, ainsi que l’isolement extrême de ces îles, ont permis le développement d’une faune unique qui inspira à Charles Darwin sa théorie de l’évolution par la sélection naturelle à la suite de sa visite de cinq semaines en 1835 à bord du Beagle.

Les îles Galápagos font partie du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1978 et s’étendent sur plus de 45.000 kilomètres carrés, dont 97% sont aujourd’hui protégés par le Parc National de Galápagos crée en 1959.
Constellation d’îles volcaniques, les Galápagos sont une destination de plongée de renommée internationale.

Une histoire de courants, l’origine d’une telle richesse marine

Situées à un carrefour de plusieurs courants océaniques, ces îles abritent une gamme incroyable de la vie marine dont 20% des espèces sont uniques.

  • Le Courant de Cromwell arrive de l’Ouest. C’est un courant froid (13ºC) et profond (- 200 mètres). Il remonte en affleurements sur les côtes occidentales d’Isabela et de Fernandina, avant de contourner ces îles vers le centre de l’archipel, où son action disparaît progressivement.
  • Le courant de Panama ("El Niño") arrive lui du Nord. C’est un courant superficiel qui apporte des eaux tropicales chaudes du Pacifique ouest et qui constitue le vecteur d’organismes marins venant d’Asie puis de la zone Panama-Colombie vers les Galápagos.
  • Le courant de Humboldt arrive enfin par le Sud. Egalement froid (15ºC), il balaye les côtes du Pérou-Chili pour apporter planton et nutriments. A son arrivée aux Galápagos, il percute les volcans sous-marins, remonte à la surface et se mêle aux autres courants hautement nutritifs. Joli cocktail donc. Concrètement nous y rencontrons ainsi du poisson tropical au milieu des pingouins et des otaries endémiques : rien de plus normal … !

Un peu de géologie marine

  • L’archipel s’étend des fonds marins à la surface, fruit de la rencontre de trois plaques tectoniques majeures (Nazca, Cocos et Pacifique) au fond de l’océan, juste au niveau d’un point chaud, directement connecté aux entrailles du manteau terrestre.
  • Par rapport à d’autres archipels, les Galápagos sont très récents. Les îles les plus grandes et les plus jeunes (Isabela et Fernandina) sont à l’Ouest et ont moins d’un million d’années tandis que les plus anciennes (Española et San Cristóbal) sont à l’Est et datent de cinq millions d’années.

Récapitulons

  • Une zone de rencontre de 3 courants marins vitaux, 2 systèmes météos en surface qui se rencontrent, des vents qui confluent (« convergence des Alizés »), des volcans actifs sous l’eau et en surface : nul doute que l’archipel des Galapagos, malgré ses rudes conditions volcaniques, constitue un bouillon de vie.
  • C’est donc un « jus » détonnant qui vous attend lors de vos séjours TERRA ANDINA ECUADOR dans ces écosystèmes préservés.
  • Pour les plongeurs, rendez-vous dans une biosphère marine où prospèrent faunes et flores d’une diversité et densité incroyables.

Carte de l’archipel des Galapagos au large de l’Equateur
carte plongée Galapagos

Les Galapagos, destination mythique des plongeurs

En tout cas pour moi c’est un des graals…

J’aime profondément la mer et je suis devenu au fil du temps passionné de plongée. D’abord en apnée puis en bouteille. La découverte et la préservation des écosystèmes marins constituent une préoccupation qui m‘est chère et ce indépendamment de mes origines bretonnes. Respirer, voir et me mouvoir sous l’eau sont pour moi une expérience (toujours) magique, dont je ne me lasse pas.

J’ai découvert cette activité à Bali en Indonésie lors d’un long tour du monde en 2010. Depuis je ne puis satisfaire cette soif insatiable de Nitrox et d’Air en bouteille. Inextinguible besoin de s’immerger dans le Grand Bleu. J’ai ainsi plongé un peu partout dans le monde (Sulawesi, Ile de Pâques, Madagascar, Honduras, Curaçao, Bali, Méditerranée, etc.) et ai même fini par passer mes diplômes de PADI Dive Master afin de continuer à apprendre, progresser et … justifier ainsi mes plongées successives. Or depuis bien longtemps les Galápagos résonnent comme une destination mythique … temple de la plongée dans une biosphère marine, éloignée, unique peuplée d’espèces endémiques.

J’ai donc préparé méticuleusement cette reconnaissance Terra Andina Ecuador. Par intérêt personnel mais surtout car je souhaite pouvoir promouvoir cette activité au sein de notre agence. Le potentiel est là : à moi de le découvrir, le valoriser et de vous le faire humblement mais passionnément connaître.

Cela fait donc des mois que je me renseigne sur les fonds marins, étudie les différents spots de plongées, parcours la blogosphère en quête de récits de plongeurs ayant déjà palmé dans ces eaux cristallines et si riches… J’ai sans doute contacté tous les centres de plongées ! Au moins tout le monde me connaît sur l’archipel … sauf que cette fois c’est moi qui pars (et vous le raconte à travers ces quelques lignes).

Je me suis également remis en condition avec un petit refresh le temps d’un week-end prolongé à Puerto Lopez en allant replonger dans le Pacifique autour de l’Isla de la Plata. Au menu quatre jolies plongées détentes et dérivantes : histoire de retrouver mes marques au côté des raies-mantas géantes (jusqu’à 6 mètres d’envergure quand même) et des mola-molas remontant des abysses.

Chaussons nos palmes, détendeurs en bouche, B-A-L-L-O, bascule arrière et place aux bulles

Après cette rapide mais nécessaire introduction, place aux bulles car cela fait des semaines que j’attends avec excitation ces immersions aux Galapagos.

Départ très matinal pour les Galápagos.
Vol au-dessus de l’Avenue des Volcans parfaitement dégagée (merci le cadeau prémonitoire chère Dame Nature, j’espère que tu m’en réserveras d’autres sur l’archipel), coucou le majestueux Chimborazo (6 310 mètres tout de même cela en fait le point culminant d’Equateur), rapide escale technique à Guayaquil et atterrissage sans encombre à Baltra.

On y est. Il fait chaud (30ºC) et l’andin des montagnes que je suis devenu sur Quito apprécie le retour au niveau de la mer. Trois heures de vol, on règle sa montre à l’heure locale (Il y a une heure de moins sur l’archipel que sur le continent) et on passe en douceur les contrôles sanitaires visant à éviter l’introduction d’espèces invasives, on paie les 120 $us de taxes d’entrées au parc national des Galapagos puis cap sur le port de Puerto Ayora.

Sur place, je passe directement au Centre de Plongée pour discuter, prendre la température, vérifier le matériel, finaliser la partie administrative puis essayer ma combinaison. Cela sera du 7 mm car l’eau est à 23°C en surface et on m’annonce pas mal de thermocline. Plongée uniquement oxygène pour ces quelques jours avec eux. Parfait, cela se concrétise, j’ai encore plus hâte et cela fait tellement plaisir d’évoluer de nouveau dans un Centre de plongée.

D-Day enfin nous y voila

Réveil de bon matin pour observer un joli lever de soleil, petit-déjeuner roboratif et aqua-taxis pour le rendez-vous au Dive Center à 07h00. Coucou tout le monde, café de bienvenue, présentation du staff terrestre et marin du Centre.

Puis vient le classique tour de table des plongeurs du jour, en anglais et en espagnol s’il vous plaît.

« Holà, Niko de Francia, vivo en Quito, X plongées, Dive Master tout çà tout çà… heureux d’être là aujourd’hui mais impatient de quitter la terre ferme … comme tout le monde je crois ici »

Effectivement, tout le monde trépigne … cela fait des semaines que nous attendons cela et nous voici enfin sur zone. Je me rends compte également qu’il y a du niveau avec des plongeurs expérimentés à plus de 5 000 plongées. Parfait, cela fera des bonnes pratiques à observer et assimiler !

Trêve de tergiversations, nous chargeons les bouteilles, équipements et kits de secours (valise DIN et EFR) dans les pick-up et en voiture chers lecteurs.

Il fait déjà chaud, le soleil est bien haut, le ciel bleu céruléen, la mer plutôt calme et les conditions météorologiques optimales. Cela s’annonce royal !
On est bien sur la seule route asphaltée de l’île

C’est parti pour une traversée d’une petite heure pour rallier le canal d’Itabaca en face de Baltra vers Seymour, Daphné et Bartolomé.

A 6 dans les taxis pick-up cela papote allègrement. Pas besoin de présentations, seules les plongées narrées comptent et j’ai du niveau à mes côtés entre les plongées Antarctique ou les croisières aux Maldives ou Raj Ampat que me content mes voisins.

Arrivée au Canal d’Itabaca au Nord de Santa Cruz et embarquement rapide sur le bateau.

Ambiance bigarrée à bord. Des plongeurs du monde entier sont ici réunis. Cela parle dans toutes les langues, partageant récits de plongées, rencontres subaquatiques et aventures marines/ humaines aux 4 coins du monde.

Dernière révision des équipements et on s’équipe rapidement car le bateau arrive sur site.
Un peu de sérieux maintenant car c’est l’heure du briefing détaillé

« Chut chut, your attention please, silencio silencio por favor : on se concentre s’il vous plaît »

Sans surprise c’est du grand classique mais professionnel, propre et efficace :

  • Rappel des procédures de base et des signes essentiels (et oui on compte en Psi et non en barres pour les bouteilles).
  • Des palanquées de 6 avec un instructeur pour 5 plongeurs.
  • Mise à l’eau en bascule arrière.
  • Une plongée peu profonde avec du courant latéral plus marqué sur la fin.
  • L’idée est de laisser le tombant sur notre gauche.
  • Bref pas de difficultés majeures, rester groupés, bien veiller sur son binôme, le bateau en surface suivra les bulles et on verra par la suite selon la consommation d’air.
  • Profondeur prévue 25 mètres – durée 50 minutes selon les conditions de mer. Ya plus qu’à maintenant !

Le staff est compétent, on les sent rodés et bien formés (les 3 jours passés sous l’eau à leurs côtés confirmeront bien cette excellente impression). Priorité à la sécurité et en tant que plongeur je valide. C’est bien, je pourrai y envoyer tous types de plongeurs (mis à part les débutants) et ce, en toute sérénité.

Le bateau est un speed boat de 18 personnes entièrement aménagé et dédié à la plongée. Pas de snorkeleur : tout ce beau monde s’immergera et descendra à 25 mètres pour côtoyer otaries et requins.

A bord vers les plongées aux Galápagos

bateau plongée Galapagos

Ultime révision des équipements, vérification des jauges (c’est bon j’ai mon plein d’air), attribution des binômes de niveau … le tout dans une excellente humeur.

Jackpot j’ai gagné au tirage une britannique de 40 ans, ayant plus de 2 500 plongées à son actif. Cela met en confiance si jamais je me retrouve à court d’air !
Mise à l’eau, enfin !

Belle bascule arrière sans trop d’écume (mes professeurs balinais seraient fiers de me voici ainsi progresser).

Pas mal de clapot, l’ordinateur m’indique 25°C, visibilité à 20 mètres et mer cristalline. Bonne nouvelle pas de courant marqué en surface. « Check-check » et on redescend vite à 15 mètres comme des pierres. C’est si bon : j’égalise à peine et me laisse glisser silencieusement dans le bleu. Bruit si agréable du détendeur et des bulles qui s’échappe.

Richesse sous-marine
opulence plongée Galapagos

La luminosité décroit et le spectre passe au bleu-violet. Pas mal de jus tout de même mais on sait y faire. Bel hydrodynamisme et nous nous laissons glisser en douceur le long du mur.

Les lions de mer sont là tout de suite. Ils sont curieux et joueurs. Quel plaisir de se mouvoir avec eux. Ils sont d’une souplesse et fluidité incroyable. Cela interpelle de les voir aussi patauds à terre et pourtant gracieux dans leur environnement marin. Ils filent comme des torpilles !

otarie plongée Galapagos

En plus, ce sont des jeunes mâles. Ils s’approchent, jouent avec nos bulles et tournoient autour de nous, interloqués par ces étranges mammifères en néoprène. Un spectacle magique avec en prime leurs bruits si particuliers.

Continuons la descente le long du tombant : une autre faune se cache dans les anfractuosités de la roche volcanique : mérou, nudibranches et étoiles de mer du pacifique sont bien là :)

Mérou plongée Galapagos
etoile de mer Mérou plongée Galapagos
nudibranche Galapagos

Et un bel hippocampe en cadeau bonus. Cela n’arrête donc pas. Il est énorme et sur le sable. Pas besoin de passer 10 minutes à le chercher sur sa gorgone …

hippocampe

Visibilité pas folichonne, pas de mal de thermocline aux alentours de 17 mètres mais c’est juste passager. On sent bien les couches de courants chauds et froids.

On poursuit : peu de coraux mais du basalte et d’anciennes coulées de lave. L’activité géologique a laissé des traces et on imagine les forces tectoniques ayant opéré depuis près de 5 millions d’années.

Par contre la richesse de la vie marine est bien là. Quelle opulence !

poissons juveniles plongee Galapagos

Beaucoup de gros, du pélagique en bancs.

opulence plongée Galapagos

Ce qui me frappe d’emblée, c’est le gigantisme des spécimens et la taille des bancs. Pas de prédateurs invasifs, pas de pollution, pas de pêcheurs, une mer riche en nutriments : la vie explose.

poisson perroquet plongee Galapagos

Les requins passent en maitres des lieux. Il y en a pour tous les goûts : pointes blanches (tintoreras), pointes noires, requins des Galapagos.

requins tintoreras plongée Galapagos

requins plongee Galapagos

Une escadre de raies passe majestueusement dans le bleu. Rarement vu une telle concentration.

raies plongee Galapagos

Après près d’une heure je commence à avoir un peu froid : pas d’hypothermie hein, mais juste l’immersion se prolonge et cela fait beaucoup d’émotions. Ma jauge indique 1100 Psi, faible consommation donc : je suis si serein que j’en oublierais de respirer. Et puis avec l’avantage de la plongée dérivante c’est qu’il suffit de se laisser glisser !

plongee derivante Galapagos

« Ding ding ding » Bon allez, c’est la cloche, tout le monde se regroupe.

On envoie la « saucisse » à la surface pour prévenir le bateau et on remonte tranquillement en plein milieu du bleu.

Pallier de sécurité 3 minutes à 5 mètres et on perce la surface. Soleil radieux à l’air libre.

Je suis hilare et euphorique. A voir les autres mines réjouies et souriantes des autres plongeurs, je pense ne pas être le seul. Tout le monde s’est franchement régalé, le plan de plongée fut respecté à la lettre. Seul regret, il me restait 1/3 de bouteille … j’aurais bien prolongé ce dive moi !

Nicolas Goronflot plongée Galapagos

La prochaine sortie se fera je l’espère dans le cadre d’une croisière plongée. Seule option pour rallier les spots mythiques de Darwin et Wolf tout au Nord de l’archipel : un jour de navigation. C’est surtout l’unique moyen de pouvoir plonger dans le canal de Bolivar à l’extrémité Ouest de l’archipel, entre les iles de Fernandina et Isabela, là où passent les gros du fait de la surabondance des phyto planctons dans ces courants froids.

Plonger à travers les océans nous permet d’ouvrir les yeux sur un monde marin fascinant. Sous la surface d’une mer reflétant les nuages et les cieux, sous cette mythique ligne équatoriale, il existe un monde méconnu, envoûtant et précieux, empli de couleurs et peuplé de créatures étranges, rares et anciennes, clin d’œil à nos ancêtres sortis des eaux. Toutes ces espèces ont su s’adapter au fil du temps à des environnements hostiles, fragiles et endémiques.

Il existe peu de lieux dans le monde comme l’archipel des Galápagos qui réunissent autant de vie et de diversité. De nombreuses espèces ont pourtant disparu ou sont encore menacées du fait de l’activité humaine. Au-delà de son immensité, ces mers et leurs patrimoines naturels restent fragiles et finis. Je vous invite à plonger en respectant cet environnement tout en ayant conscience de sa fragilité car nous restons d’humbles invités, témoins privilégiés de ces mondes fascinants.

Plonger aux Galápagos représente donc une grande gorgée d’air frais, une inspiration et un exemple de la richesse de notre planète.

En soi une expérience profonde et inoubliable.