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AVENIDA DE LOS VOLCANES - Sur la route des volcans

 


Une vingtaine de volcans s’alignent majestueusement, sur une ligne qui traverse l’Equateur du nord au sud. Un parcours spectaculaire qui donne l’occasion au voyageur de tenter des ascensions plus ou moins périlleuses.

 

Lorsque le soleil dissipe les nappes de brouillard sur les bords du cratère du Pichincha, on peut voir de petites pancartes accrochées à des rochers aux formes étranges. Ce sont des plaques commémoratives. Elles racontent l’histoire des hommes descendus dans ce chaudron qui y ont été victimes d’explosions et de chutes de pierres : des alpinistes, pour la plupart, mais aussi des volcanologues. De temps à autre, les yeux et le nez brûlent un peu, signe que le vent ramène des gaz soufrés.

Du sommet de ce volcan en activité qui atteint 4 794 mètres, le regard porte bien au-delà des chaînes vallonnées qui entourent Quito. On voit l’alignement des volcans équatoriens, et notamment le célèbre Cotopaxi (5 896 mètres), qui est le volcan le plus actif au monde. Leurs sommets verglacés surplombent majestueusement les hauts plateaux verdoyants.
Mais ils ne sont vraiment visibles que tôt le matin. Dans la journée, ils sont recouverts d’épaisses couches de nuages venant pour une part de la côte Pacifique et, pour l’autre, de la forêt équatoriale humide du bassin de l’Amazone.

Nul autre endroit dans le monde ne concentre autant de volcans aussi hauts que cette "route des volcans" qui forme un tronçon, long d’environ 250 kilomètres, de la Panaméricaine Sud. C’est Alexander von Humboldt qui a baptisé ainsi cette route qui relie la petite ville d’Otavalo, au nord, à Cuenca, au sud.
Ce géographe et naturaliste est célèbre pour son voyage en Amérique du Sud, effectué de 1799 à 1804. Les notes qu’il a prises montrent qu’il considérait cette région comme "la plus intéressante au monde". Archétype du scientifique de la période des Lumières, il a gravi quelques-uns des sommets de plus de 5 000 mètres pour effectuer des mesures et étudier leur végétation. Aujourd’hui, les volcans font rêver alpinistes et amoureux de la montagne.

Sur les vingt volcans qui jalonnent cette route, neuf s’élèvent à plus de 5 000 mètres et huit sont en activité. Ils projettent en permanence des gaz corrosifs et crachent périodiquement des nuages de cendre. La dernière fois que le Pichincha a expulsé des nuées de vapeur à plusieurs milliers de mètres dans le ciel, c’était en octobre 1999 et le phénomène a duré une semaine entière. Ces éruptions ont enseveli Quito sous des cendres grises et paralysé l’aéroport.
L’air au sommet est rare. Même si l’ascension n’est pas particulièrement pénible, il est difficile de respirer. Il n’est pas nécessaire d’être un alpiniste chevronné pour grimper sur le Pichincha. (Ce n’est pas le cas pour les autres volcans équatoriens.) En Jeep, on roule sur un chemin de terre entouré d’innombrables champs et pâturages qui recouvrent les flancs du volcan en évoquant un damier. On arrive à un refuge, situé sous le bord du cratère.
De là, on atteint le point de vue en seulement trente minutes de marche, par un sentier en bon état et qui monte légèrement. Alexander von Humboldt, lui, a éprouvé davantage de difficultés. Le 26 mai 1802, il s’est mis en route avec des chevaux et des mulets de bât. Il souffrait de toute évidence du mal des montagnes. Parvenu au sommet, il a été pris de vertiges. "J’ai vu du jaune... avant de m’évanouir", a-t-il écrit dans sa relation de voyage. Les autochtones qui l’accompagnaient lui ont fait boire du vin. "J’ai repris connaissance. Je n’avais jamais eu un tel malaise à l’air libre.
Mais il est vrai que j’avais marché pendant huit heures." Le mal des montagnes est sournois. Même les personnes qui sont déjà accoutumées aux conditions atmosphériques des hauts plateaux équatoriens, dont l’altitude atteint plus de 2 000 mètres, ne sont pas à l’abri.

On peut découvrir aussi différents lac dont la lagune de Quilatoa : un lac aux eaux jaunâtres tirant sur le vert occupe le cratère d’un volcan toujours en activité, qui, avec ses 3 900 mètres de hauteur, est moins impressionnant que son voisin. Ses parois rocheuses tombent presque à pic dans l’eau du lac, d’un vert parfois criard parfois olivâtre, qui semble bouillonner en certains endroits sous l’effet des gaz qui remontent à la surface.

Depuis le bord de ce cratère, on aperçoit par temps clair le Chimborazo. Ce volcan éteint, qui culmine à 6 310 mètres, est le sommet le plus élevé du pays. A l’époque d’Humboldt, on pensait que c’était le plus haut de la planète, et des scientifiques allemands, alors inconnus en Europe, lui doivent leur notoriété.

En juin 1802, lorsqu’il entreprend l’ascension des pentes verglacées du Chimborazo, Humboldt a 33 ans. Il est accompagné du botaniste français Aimé Bonpland et de plusieurs indigènes. Mais il n’arrivera pas au sommet. Une faille infranchissable "d’environ 175 mètres de profondeur et d’une vingtaine de mètres de largeur", écrit-il, le contraint à rebrousser chemin. Il atteint toutefois une altitude de 5 900 mètres, un record en son temps : avant lui, personne n’était jamais monté aussi haut.

Les épreuves qu’ont dû endurer Humboldt et ses compagnons de marche étaient certainement difficiles à supporter, d’autant qu’il n’existait à l’époque aucun équipement de montagne. "Nous portions des bottines, des vêtements simples, et pas de gants", peut-on lire dans les notes d’Humboldt. Ils rencontraient également des difficultés dues à l’altitude.
"Nous souffrions terriblement du manque d’air... Nous nous sentions tous mal et avions des nausées... En outre, nos gencives et nos lèvres saignaient, et le blanc de nos yeux était injecté de sang." Mais cela n’a pas empêché le scientifique de faire son travail.
Il a ainsi mesuré l’altitude au moyen d’un baromètre et de la température d’ébullition de l’eau. Il a ramassé des pierres et des plantes, en vue de les analyser plus tard, lors de son retour en Europe.

Aujourd’hui, quelque 600 alpinistes tentent chaque année de vaincre le Chimborazo. Mais, selon le GORP (une association internationale de loisirs de plein air), seule une centaine de grimpeurs y parviennent
Le Chimborazo a un voisin extrêmement actif, le Tungurahua (5 016 mètres). Ce cône très escarpé se situe en bordure de la forêt amazonienne.
Ces derniers temps, ses rejets de cendres, ses fontaines de lave - qui font souvent rougeoyer le sommet la nuit - et ses avalanches incandescentes, qui dévalent ses pentes jusqu’à la vallée lors de jaillissements importants, lui ont valu de faire la une des journaux locaux plus souvent que les autres volcans équatoriens. Ces dernières années, les villages au pied de la montagne ont dû être évacués à maintes reprises.
L’état d’alerte est maintenu aux alentours du Tungurahua. Dans la petite ville de Baños, des dépliants informent les touristes des différents niveaux d’alerte et du comportement à adopter en cas d’éruption volcanique. "Prêtez toujours attention aux sirènes et aux indications diffusées par haut-parleur... Lors d’une pluie de cendres, protégez vos yeux et tenez un masque ou un filtre devant votre nez et votre bouche... Lors de fortes précipitations, l’eau peut entraîner des cendres légères et donner naissance à de dangereux torrents de boue qui dévalent les flancs inférieurs du volcan et envahissent les rues. Ne quittez jamais Baños en voiture."

Ces mises en garde n’ont toutefois empêché personne de visiter la grande cathédrale blanche, les thermes et les nombreux petits cafés et restaurants, où l’on peut notamment déguster du cochon d’Inde grillé, une spécialité équatorienne.
Depuis les collines qui entourent Baños, on peut apercevoir le sommet du Tungurahua, le "chaudron du diable" en langue indienne, ce volcan fumant qui semble sorti tout droit d’un livre d’images. Il émerge de la luxuriante végétation tropicale qui s’élance vers le ciel. Ses projections de cendres ont dessiné des motifs sombres sur le sommet verglacé éblouissant sous le soleil. Le chemin qui mène au sommet est certes escarpé, mais pas trop difficile.
Cependant, l’ascension du Tungurahua est actuellement formellement interdite par les services de la sécurité civile car elle est trop dangereuse. A moins que l’on nourrisse l’ambition macabre de voir son nom figurer sur l’une des nombreuses plaques commémoratives qui jalonnent les flancs du volcan...